Best of 2012 : Rentabilité et dépendance, un marché sur le fil

En cette fin d’année, News Assurances Pro vous propose de découvrir le Top 5 des articles de dossiers les plus lus en 2012. En quatrième position, l’article du dossier « Dépendance à l’aube d’une nouvelle ère ? » du 4 décembre 2012.

Plus de 5,5 millions de personnes sont couvertes en dépendance en France soit plus de 8% de la population environ. Une bagatelle quand on sait que 93% des Français sont couverts en santé. Le marché de l’assurance dépendance est-il donc si rentable que cela entre entrées de primes et versements de rentes ?

Il y a encore tente ans, personne ne parlait d’assurance dépendance. Et pourtant aujourd’hui c’est le nouveau marché émergent sur lequel se positionnent de nombreux assureurs. La dépendance, considérée comme le 5e risque par les pouvoirs publics devient un sujet de société prépondérant. Le premier a avoir misé sur la dépendance est AG2R La Mondiale. En effet, le groupe a sorti en 1985 le contrat Saphir, produit précurseur sur le marché français. Jean-François Ropelewski, directeur marketing, chez AG2R La mondiale explicite ce que représente cette assurance pour sa société. « Aujourd’hui nous avons 250.000 contrats souscrits et 180.000 en cours. La moyenne d’âge des souscriptions est de 64,3 ans. Les cibles plus jeunes, de 40 ans et plus, sont difficiles à faire rentrer dans nos portefeuilles car la dépendance n’est pas leur préoccupation majeure. En revanche, les plus de 60 ans ont souvent, déjà, été confrontés à la dépendance via une personne de leur entourage ou de leur famille ». Il poursuit « l’assurance dépendance est un vrai enjeu pour notre société de demain car d’ici vingt ans la population dépendante va cruellement augmenter ». La dépendance coûte cher aux particuliers puisqu’on estime le coût d’une maison spécialisée à 1.800 euros en province et environ 4.000 euros à Paris. L’Apa ne versant que 490 euros par mois aux personnes dépendantes, ces personnes sont soit obligées de revendre leurs biens pour financer leur dépendance, de demander un soutien à leur famille (les aidants), de piocher dans leur économie ou de se retourner sur leur assurance dépendance.

Si l’assurance dépendance n’est pas encore la petite chouchoute des Français, elle n’en reste pas moins abordable. On estime en effet la cotisation moyenne à 30 euros par mois en individuel. Une dépense qui vient se greffer aux autres cotisations essentielles, comme l’assurance santé, l’assurance auto et habitation. Si les Français ne sont donc pas encore très enclins à souscrire ce genre de contrats – la population totale couverte en collectif comme en individuel est de 5,5 millions – on note tout de même que la dépendance devient un sujet moins tabou.  Du côté des sociétés d’assurances, la FFSA estime que 1,7 millions de personne étaient couvertes à la fin de l’année 2011 soit une hausse de 6% sur un an. Gilles Cossic, directeur des assurances de personnes à la FFSA développe les chiffres de ce marché. « Les cotisations atteignent 430M d’euros en 2011 (+ 6 %), dont 395M d’euros correspondent aux contrats à adhésion individuelle (+ 5 %) et 35M d’euros aux contrats collectifs (+ 22 %).  La cotisation annuelle par tête assurée est de 358 euros en moyenne pour les contrats à adhésion individuelle et de 78 euros pour les contrats collectifs. Près de 173M d’euros (+ 16 %) ont été versés en 2011 aux personnes en état de dépendance. La rente versée au titre des contrats à adhésion individuelle est de 584 euros par mois en moyenne, soit un montant supérieur aux 489 euros versés en moyenne au titre de l’APA à domicile. »

Une rente financière qui n’est pas négligeable et qui sera, sans doute, nécessaire à des milliers de personnes. Les chiffres ne mentent pas. Selon l’Insee la population de 75 ans et plus sera ainsi multipliée par 2,5 entre 2000 et 2040 pour atteindre plus de 10 millions de personnes et en majorité des femmes. Cette population sera donc confrontée à des dépenses coûteuses. «  Il y a 220.000 nouveaux cas d’Alzheimer par an. Il y a aussi l’expérience de vie qui augmente puisque les femmes sont à 85ans et les hommes à 78 ans et elle continue à s’améliorer. Aujourd’hui on pense qu’une jeune fille sur 3 en 2012 sera centenaire. Il faut aussi savoir que les personne dépendantes sur les deux dernières années de leur vie ont environ 11 pathologies… », Jean-François Ropelewski AG2R La Mondiale.

Alors faire de la dépendance au prétexte de solidarité c’est bien mais est  si rentable que cela ? Stéphanie Pastor, actuaire manager chez Optimind Winter a son avis sur la question. «  Je me demande si ça l’a été un jour. Quand on observe l’évolution du risque sur les dernières années, on peut se poser la question. Les cotisations a été tarifé il y a plus de dix ans sur un risque dépendance qui était différent de celui d’aujourd’hui. A l’époque il y avait moins de maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Aujourd’hui, nous constatons une recrudescence de ces maladies. Ainsi avec l’espérance de vie en dépendance qui augmente, les assureurs vont verser des rentes sur des périodes plus longues que ce qu’ils imaginaient à l’origine. Les cotisations qui avaient été calculées à la base ne sont peut être même plus suffisantes par rapport aux rentes versées ».

Du côté de l’Ocirp, son directeur général adjoint, Jean-Manuel Kupiec se veut plus tempéré. « On ne sait pas encore si ce marché est rentable car il est émergent. Nous sommes en pleine acquisition de contrats, nous commençons  à payer des rentes mais nous ne sommes pas du tout en rythme de croisière ». Niveau chiffre l’OCIRP a bien voulu nous informer que les cotisations dépendance représentaient 7,3M d’euros pour 55.000 salariés couverts sur trois accords de branches : la poissonnerie, les jeux et jouets et la bijouterie et horlogerie.

Rentable ou pas donc, les avis divergent encore. Une chose est sûre, la dépendance, nous n’avons pas fini d’en souper.

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