Pollution sonore et automobile : Assurland interview Bruitparif

La pollution sonore liée au trafic routier est très présente en France. Quelles sont les conséquences sur la santé ? Quelle évolution a-t-elle connue avec le confinement ? Y a-t-il des mesures mises en place pour lutter contre la pollution sonore ? Assurland a posé ses questions à Matthieu Sineau, chef de projet chez Bruitparif.

1/ Pouvez-vous vous présenter et présenter Bruitparif ?

Je m’appelle Matthieu Sineau, je suis chef de projet bruit des transports chez Bruitparif et actuellement, je m’occupe principalement de tout ce qui est en lien avec le bruit aéroportuaire ainsi que bruit ferroviaire, mais j’ai une vue relativement large sur la pollution sonore.

Bruitparif est une association à but non-lucratif qui a été créé il y a environ 15 ans sous l’impulsion du Conseil régional d’Île-de-France. Nous sommes donc un centre technique d’évaluation de l’environnement sonore en Île-de-France et nous étudions notamment le bruit lié aux transport mais également, depuis 2 ans, le bruit des activités, dans les quartiers animés, de la vie nocturne, et des chantiers. Nous avons près d’une centaine de membres au sein de l’association : l’idée est que tous les acteurs qui soient engagés dans la lutte contre le bruit soient représentés au sein de Bruitparif pour pouvoir participer aux décisions et aux discussions.

Notre activité principale est l’annulation du bruit par 2 outils. Le premier se fait par la mesure. Nous installons donc de nombreux capteurs pour mesurer le bruit :

  • des capteurs temporaires qui permettent d’étudier un secteur ou un territoire donné ;
  • et des capteurs plus structurants qui sont des capteurs permanents permettant qui peuvent rester en place durant des mois ou des années et qui nous permettent de faire des évaluations des tendances qui seront mises en lien avec des actions pour réduire le bruit. En Île-de-France, nous avons environ 150 capteurs permanents qui transmettent leurs données en temps réel.

Notre second outil est la modélisation qui nous permet d’effectuer des calculs, des hypothèses sur le trafic routier afin de connaître, par exemple, le nombre de véhicule léger en circulation, de poids lourds, leur vitesse, etc.

Chez Bruitparif, nous calculons la puissance acoustique des routes et nous étudions comment le bruit se propage, comment sont exposés les bâtiments, ce qui nous permet de définir ensuite si la population française est exposée, ou non, au-delà d’un certain seuil, notamment celui préconisé par l’Organisation mondiale de la santé. Enfin, nous suivons l’évolution du bruit selon des périodes précises, comme ça a été le cas par exemple durant le confinement.

2/ Que pouvez-vous nous dire concernant la pollution sonore à Paris si on fait une comparaison entre l’avant confinement, le confinement et l’après ? Les tendances sont-elles revenues à la normale, le bruit routier est-il plus ou moins présent ?

Nous avons constaté une chute brutale du bruit liée à la chute des activités dès la première semaine de confinement (semaine du 16 mars 2020). Cette chute s’est ensuite stabilisée jusqu’au déconfinement avec de légères fluctuations. Pour ce qui est du bruit routier durant le confinement à Paris, nous avons constaté une perte entre 5 et 6 décibels en journée, et parfois de plus de 10 la nuit. Cela peut sembler être peu, mais il faut savoir que le fait de réduire le niveau de bruit de 3 décibels, cela revient à diviser par 2 le bruit. Le bruit a donc baissé de 80 % durant le confinement.

Depuis le déconfinement, nous sommes presque revenu à un état normal, habituel quant au bruit routier, à 1 ou 2 décibels près.

3/ Savez-vous si des mesures vont être mises en place pour lutter contre la pollution sonore ? Y a-t-il des projets ou des réflexions en cours ?

D’une manière générale, il y a une prise de conscience sur la thématique du bruit depuis quelques années et sur ses effets sur la santé. Il y a donc des choses qui sont faites. Par exemple, pour le bruit routier, une chose que nous avons fortement testée, ce sont les revêtements de chaussée acoustique qui possèdent des “pièges” qui permettent de retenir le bruit provoqué par le roulement des voitures. Sur les autoroutes, nous pouvons ainsi réduire jusqu’à 60 % du bruit grâce à ces revêtements.

Un autre moyen étudié pour réduire le bruit est la réduction de la vitesse. Il faut savoir que l’effet de la vitesse sur le bruit et deux fois plus grand que celui provenant du nombre de véhicules roulants. Par exemple, si vous passer de 100 000 à 50 000 véhicules roulants, vous réduirez le bruit de 3 décibels, mais si vous gardez 100 000 véhicules qui divisent par 2 leur vitesse, le bruit baissera de 6 décibels !

Les véhicules électriques peuvent être également efficaces pour la réduction du bruit en milieu urbain. Sur de l’extra-urbain, c’est moins dit puisque, dans le bruit routier, il y a la composante bruit du moteur et du bruit de roulement. En effet, dès qu’on dépasse les 50 km/h, le bruit roulement va prendre de l’importance sur le bruit moteur.

4/ Quels sont les impacts de la pollution sonore sur la santé ?

Les impacts de la pollution sonore sur la santé peuvent être variés. Il y a tout d’abord des effets subjectifs tels qu’une gêne qui va varier selon les individus. Mais il y a également des effets plus objectifs :

  • des troubles du sommeil ;
  • des effets sur le système cardiovasculaire et donc sur le système immunitaire, sur la cognition pouvant mener, par exemple, à des troubles de l’apprentissage ;
  • le développement d’un stress chronique ;
  • des risques d’hypertension, de diabète, d’AVC, etc.

De plus, les Français ont tendance à penser qu’ils sont habitués au bruit, mais leur corps ne l’est jamais réellement. Le système auditif ne s’arrête jamais, il nous sert de système d’alarme donc nous restons sensible au moindre bruit.

5/ Bruitparif fait-elle des campagnes de sensibilisation ? Si oui, de quel genre ?

Bruitparif fait un peu de sensibilisation, mais peu car cela demande beaucoup de ressources. Nous avons notamment développé une mallette pédagogique qui s’appelle la mallette “kiwi”. Ce sont des tablettes numériques avec des casques utilisées lors d’ateliers au collège et au lycée pour sensibiliser les jeunes aux risques auditifs (écoute de musique amplifiée, discothèque, etc.). Nous faisons également de l’accompagnement des collectivités pour les aider à produire des plans de prévention et à mener leur politique de lutte contre le bruit.

Si vous souhaitez en savoir plus, sachez que tous les travaux et toutes les mesures prises par Bruitparif sont disponibles sur leur site internet.

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