L’assurance voyage, poudre aux yeux ?

Si elle séduit 1 Français sur 3, l’assurance voyage ne satisfait pas pour autant tout le monde. Régulièrement au cœur de litiges, elle déçoit et certains détracteurs la taxe d’abus de confiance. Focus.  

Selon un sondage Ipsos-Mondial Assistance dévoilé en septembre 2012, 1 Français sur 3 se déclare utilisateur d’assurance voyage, même si cela ne concerne que l’assurance annulation. Crainte ou précaution, 33% des interrogés préfèrent donc pouvoir modifier leur billet ou leur séjour en cas d’incident de dernière minute. Pourtant l’assurance voyage ne semble pas unanimement appréciée. En effet, si 50% des non assurés se croient suffisamment protégés par un autre moyen de protection (carte bancaire, sécurité sociale), l’assurance voyage suscite, chez la moitié restante, une certaine méfiance. Les uns la jugeant futile, les autres criant à la tromperie ou à l’arnaque.

L’assurance voyage, superflue ?

L’assurance voyage est-elle un produit facultatif ou sans aucun intérêt ? Son objectif premier est d’apporter une protection loin de chez soi, quand de nombreux aléas peuvent perturber un séjour. En ce sens, l’assurance voyage offre des garanties incontestablement utiles; possibilité d’annuler ou modifier son billet ou circuit, remboursement en cas de bagage détérioré, perdu ou dérobé, mise à disposition en urgence d’une somme si les moyens de paiements sont volés, prise en charge des frais médicaux, déblocage d’un capital en cas de décès ou versement d’une rente si un accident grave conduisait à une invalidité.

Mais elle peut dans certains cas inciter à la multi-assurance. “Les particuliers ne réalisent pas qu’ils accumulent les contrats aux garanties équivalentes. Comme celles proposées par les cartes bancaires par exemple, qui chevauchent celles des assurances voyage” explique Olivier Gayraud, chargé de consommation à la CLCV, association nationale de défense des consommateurs et usagers.

L’assurance voyage, une tromperie ?

Si autant de Français qualifient l’assurance voyage comme un produit trompeur c’est avant tout car ses garanties sont criblées d’exclusions. “Certains contrats utilisent des titres relativement illusoires, on parle d’annulation toute cause, etc… Il est extrêmement dangereux de se fier au titre, certaines personnes ont eu de grosses surprises quand elles se sont vues refuser leurs indemnités” confie Olivier Gayraud.

Ainsi, parmi les exclusions classiques, les cas abondent. Par exemple, pour pouvoir se faire rembourser son bagage ou ses papiers volés, les objets doivent avoir été sous la surveillance du propriétaire. S’il quitte des yeux ses effets personnels, la couverture ne joue pas. Pour la prise en charge des frais médicaux, l’accident ne doit pas être la résultante d’une pratique sportive dangereuse ou de la conduite d’un engin à moteur. Quant à l’annulation/modification d’un billet ou d’un séjour, les seules raisons légitimes reconnues par l’assurance sont le décès d’un membre de la famille, un accident ou une maladie grave empêchant l’assuré de se déplacer, un préjudice survenu au domicile ou au véhicule, un licenciement économique ou encore une convocation à un examen.

Et gare à l’application de pénalités d’annulation, souvent mal connues des particuliers. Ainsi, 50 euros de frais de dossier sont assez récemment facturés si l’annulation survient plus de 30 jours avant le voyage. Entre 30 et 21 jours, 25% du montant du séjour sera ponctionné, 50% entre 20 et 8 jours, 75% entre 7 et 2 jours, 90% la veille du départ et 100% le jour même. Rien d’étonnant, donc, au fait que tant de voyageurs se sentent floués.

L’assurance voyage, une arnaque ?

Le 12 juin dernier, l’association nationale de défense des consommateurs et usagers, la CLCV, est montée au créneau pour dénoncer “l’escroquerie” pratiquée par certains voyagistes : l’ajout automatique d’une assurance voyage dans le prix total du séjour commandé par Internet. De nombreux particuliers ont ainsi été dupés sans s’en rendre compte. “Ce sont des agissements que l’on condamne absolument, que d’inclure par défaut dans le cycle de vente une option payante, déplore Olivier Gayraud, car sa souscription ne relève pas d’un consentement éclairé du consommateur”.

Si ce cas pointait particulièrement du doigt la compagnie aérienne Ryanair, elle n’est pas la seule soupçonnée de manque de loyauté. Easyjet a également été récemment mise sous surveillance. Mais quel intérêt les voyagistes auraient-ils à abuser ainsi leurs clients sur les assurances qu’ils proposent? “Ils ont l’obligation légale d’offrir optionnellement une assurance voyage, il faut le rappeler, mais les pratiques impropres ne sont pas influencées par cela mais par la manne financière. Elle s’élève à plus de 250M d’euros annuels de volume d’affaires” explique Marc-Olivier Débourd, spécialiste du droit de la consommation et du voyage. Marché de niche, l’assurance voyage représente donc, pour tous les acteurs qui la commercialisent, une rémunération non négligeable. Selon une étude du cabinet Forrester, réalisée pour le compte d’Amadeus, spécialiste en technologies de communication pour l’industrie du tourisme, les commissions de courtage sur ce type de prestation atteignent 50% du montant de la prime d’assurance.

Malgré tous ces griefs, faut-il pour autant se méfier de l’assurance voyage ? ” L’assurance voyage a le défaut de toutes les assurances. Certains pratiques peuvent tendre à l’abus mais il ne faut pas faire une généralité et déconseiller de s’assurer pour ses vacances. Car l’assurance voyage est tout de même destiner à couvrir contre de gros risques et elle le fait” conclut Olivier Gayraud.


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