Covid-19 : Philippe Crevel discute assurance vie avec Assurland

L’assurance vie a-t-elle été touchée par la pandémie de COVID-19 et le confinement ? Est-elle toujours un moyen d’épargne viable ? À quoi faut-il s’attendre côté fonds en euros et unités de compte (UC) ? Pour éclairer la situation, Assurland.com a interrogé Philippe Crevel, spécialiste des questions macroéconomiques, fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata et directeur du Cercle de l’Épargne, centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.

Comment interpréter la ruée des Français vers le livret A durant le confinement ?

Le constat était le même en 2008-2009 et en 2011-2012 : en période de crise, on préfère les liquidités. Le livret A coche moult cases : liquidités, sécurité, simplicité également. Il ne faut pas non plus oublier que nous étions en période de confinement : il n’était pas forcément facile de se rendre chez son agent d’assurance ou à sa banque. En revanche, il est assez facile de faire des arbitrages entre son compte courant et son livret A sur internet. C’est un peu plus compliqué à faire avec de l’assurance vie.

Je dirais donc que quand on a d’une part une période de crise, surtout dans ce cas très particulier de crise sanitaire avec des perspectives de crise économique. Ici, c’est l’effet de précaution qui joue le plus et c’est le livret A qui est la valeur refuge. Il y a d’autre part des contraintes physiques qui facilitaient les placements sur un livret A plutôt que sur une assurance vie.

La décollecte du mois de mars va-t-elle impacter l’assurance vie ?

Compte tenu des circonstances, cette décollecte n’est pas en soi extraordinaire. On devrait plutôt parler de la chute de la collecte brute, du fait que les ménages ont moins mis d’argent sur leurs contrats d’assurance vie. En effet, le niveau des rachats est équivalent à celui des mois précédents. Il n’y a donc pas eu une volonté de retirer de l’argent.

Simplement, on n’a pas placé pour des raisons pouvant être purement physiques (on n’a pas pu se rendre chez son assureur). Autrment, on est dans un moment atypique où l’on veut conserver des liquidités et ne pas s’engager sur le moyen et long terme car on ne connaît pas l’évolution de ses revenus, de ses besoins. C’est pour cela que l’on n’opte pas pour le placement de moyen et long terme qu’est l’assurance vie. Ce n’est donc pas une défiance vis-à-vis du produit ; on a plutôt un contexte atypique et historique qui fait que l’on veut conserver de la liquidité pour faire face à l’imprévu.

Les Français qui avaient misé sur des UC ont-ils beaucoup perdu avec les chutes en bourse ?

Les placements en UC peuvent varier : immobiliers, obligataires, actions… Et on peut aussi en faire des patchworks. La valeur des UC ne suit donc pas intégralement les indices actions. Certes, les marchés actions ont fortement réagi avec la crise sanitaire, avec de violentes chutes au cours du mois de mars pour perdre presque 40 %. Mais depuis, on observe un rebond assez net au niveau des valeurs action et la perte est aujourd’hui limitée aux alentours des 25 %.

La chute est importante mais il y a tout de même une amélioration depuis quelques jours. Nous sommes à la deuxième semaine de hausse, donc on voit que le marché actions n’est pas si dégradé que la situation économique ne pourrait le laisser paraître. Il est évident que les épargnants qui ont investi à la veille de la crise sanitaire ont peuvent estimer que leur valeur a perdu de l’argent, mais on est sur un placement de long terme. Techniquement, quelqu’un entré au mois de février n’a pas vocation à sortir au mois de mars ou d’avril. Et ce serait évidemment un mauvais conseil que de lui recommander une telle sortie.

Donc malgré les difficultés, les valeurs actions se tiennent relativement bien car les investisseurs pressentent qu’il y aura un rebond, une reprise, des plans de relance et que les banques centrales sont à la manœuvre. Par conséquent, il n’y a pas de panique à avoir en la matière. D’autre part, il faut voir que si certains épargnants ont pu être pénalisés par une entrée tardive sur les marchés UC, d’autres ont profité de la baisse des cours pour rentrer. Et d’ailleurs, le taux de collecte en UC reste autour de 30 %. Il n’y a pas comme lors des précédentes crises un départ, des reventes ou un rejet d’UC. Certes, les assureurs ne délivrent plus de contrats garantis à 100 % en fonds en euros, mais il y en a quand même des épargnants qui acceptent de jouer le jeu et de prendre des UC dans les circonstances actuelles.

Si les prix de l’immobilier descendaient dans les semaines ou mois à venir, cela impacterait-t-il les placements dans des SCPI et OPCI ?

Pour le moment, il est un peu tôt pour parler de baisse dans le marché de l’immobilier. Tout d’abord, les taux d’intérêts restent bas, stimulant le marché. L’immobilier est également une valeur refuge et il y a des besoins à satisfaire liés aux normes environnementales, à des bureaux technologiquement adaptés aux besoins des entreprises par exemple.

Il est vrai qu’il y a eu une frénésie sur les SCPI et OPCI ces dernières années, ce qui en a fait baisser la rentabilité : le prix de la part augmentait sachant que la rentabilité n’évoluait pas au même rythme. Je dirais donc qu’une petite correction est plutôt salutaire. Cela permettra de faire le nettoyage entre les « bonnes et les mauvaises SCPI » et de replacer au cœur des SCPI la notion de rentabilité. Il ne faut donc pas être complètement pessimiste sur les ajustements de prix.

À l’heure actuelle, il y a des SCPI qui ont des bureaux en deuxième couronne dans des grandes métropoles, qui sont spécialisées sur du commerce de détail ou des fonds de commerce qui ne sont pas des fonds de commerce « premium ». Ces dernières risquent en effet de souffrir un petit peu. Mais on annonçait déjà que les belles années des SCPI étaient terminées. Il est donc certain qu’il faudra regarder les taux de vacance des locaux, des bureaux, les diversifications au niveau national, international pour bien choisir sa SCPI. Il faudra être plus vigilant que dans le passé.

Les taux déjà très bas des fonds en euros vont-ils encore baisser avec la crise ?

Les fonds en euros sont lourds à gérer, lents à manier et à déplacer dans le sens où ils sont constituées d’obligations achetées au fil du temps. Les assureurs ne font généralement pas de l’achat et de la revente, même si cela peut arriver avec la BCE (Banque centrale européenne). On se situe donc sur des évolutions lentes.

Aujourd’hui, la baisse des fonds euros est conséquence de cinq années de baisses très fortes des taux d’intérêts. Ce processus est donc censé se poursuivre : « bonnes obligations » des années 2000 disparaissent de plus en plus pour laisser place à des obligations des années 2015, moins rentables. La baisse des fonds en euros devrait logiquement continuer.

Est-ce que l’ampleur de cette baisse sera accentuée avec la crise ? Je ne le pense pas. La crise pourrait même avoir un petit effet positif sur les rendements des taux d’intérêts parce qu’on voit que les banques centrales maintiennent des taux bas. Elles bénéficient en outre d’une prime de risque supplémentaire demandée du fait de l’endettement gonflant généralisé. Les investisseurs sont un peu plus circonspects. Il y a donc eu une légère élévation des taux d’intérêts malgré les très fortes interventions des banques centrales.

Il n’y a en outre pas d’inquiétude majeure à avoir sur la solidité des compagnies d’assurance ainsi que leur solvabilité, leur capacité à faire face à leurs engagements sur les fonds euros. D’autant plus que tout cela est très surveillé (ACPR, HCSF…).

L’assurance vie est-elle toujours un moyen d’épargne viable à l’heure actuelle ?

L’assurance vie offre plusieurs avantages. Premièrement, c’est le seul placement où l’on peut concilier dans une même enveloppe une garantie en capital et des UC, qui peuvent varier en fonction des marchés et des potentiels de rebond. Cette souplesse au sein d’une même enveloppe ne peut être trouvée dans aucun autre produit sur la place.

Par ailleurs, l’assurance vie conserve certains avantages fiscaux. Aujourd’hui, cela est un peu moins vrai avec le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur le revenu. Il reste toutefois pour ceux qui ont des encours relativement modestes un taux réduit au-delà de 8 ans, où l’avantage fort est l’abattement de 4 600 et 9 200 euros de revenus. Ce n’est quand même pas négligeable. Pour les contrats de plus de 8 ans, le dispositif fiscal reste tout de même avantageux.

Enfin, il y a des avantages sur la succession. Le côté patrimonial de l’assurance vie va rester important et permet de déroger à la fois de l’ordre fiscal et de l’ordre successoral. Encore une fois, il n’y a pas d’autre produit sur le marché qui offre ces avantages. Donc je dirais que l’assurance vie reste attractive aujourd’hui du fait de ces deux grandes catégories d’avantages.

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