
Les statistiques publiées par France Assureurs le 8 janvier 2026 viennent consacrer une dynamique qui s’est intensifiée tout au long de l’année écoulée. Les cotisations enregistrées sur les contrats d’assurance vie ont atteint 15,7 milliards d’euros au cours du seul mois de novembre 2025, marquant ainsi un pic absolu pour ce mois sur l’ensemble de l’historique disponible. Par rapport à novembre 2024, les entrées de capitaux ont progressé de 4%, soit un surcroît de 700 millions d’euros. Aucun mois de novembre n’avait jusqu’à présent généré un tel volume de souscriptions.
Cette organisation professionnelle, dont les membres représentent la quasi-totalité des opérateurs actifs sur le marché de l’assurance vie en France, souligne que la hausse touche l’intégralité des catégories de supports disponibles. Les fonds en euros, dont la vocation principale est la préservation du capital, ont enregistré une progression de 2% de leurs flux entrants. Les unités de compte (UC), qui recouvrent principalement des expositions à des actifs cotés — actions, obligations, fonds diversifiés — ont, quant à elles, bénéficié d’une accélération bien plus marquée, avec une hausse de 8% des souscriptions sur un an.
Ce différentiel de dynamisme entre supports sécurisés et supports investis en marchés s’explique en grande partie par les performances boursières de l’exercice 2025. L’indice phare de la place parisienne, le CAC 40, a clôturé l’année sur un gain de 10,42%, une performance qui a naturellement renforcé l’intérêt des épargnants pour les supports indexés sur les marchés financiers, au-delà même du risque en capital inhérent à ces véhicules.
Une collecte nette au sommet, malgré des sorties stables
Le niveau des prestations réglées par les compagnies d’assurance vie en novembre 2025 — rachats partiels et totaux, rentes viagères, capitaux décès — s’est établi à 10,9 milliards d’euros, soit un repli marginal de 100 millions d’euros par rapport au mois correspondant de l’exercice précédent. La conjonction de cet afflux de cotisations élevé et d’une sinistralité contenue a dégagé une collecte nette de 4,8 milliards d’euros.
Ce solde se positionne comme le deuxième plus important jamais mesuré pour un mois de novembre, distancé seulement par novembre 2006, dont la collecte nette avait frôlé les 4,9 milliards d’euros. La longévité de ce record de dix-neuf ans illustre le caractère exceptionnel de la performance actuelle du secteur.
Le Livret A perd du terrain et accentue le flux vers l’assurance vie
L’environnement concurrentiel dans lequel évolue l’assurance vie a profondément changé depuis l’été 2025. Le 1er août, la rémunération du Livret A a été abaissée de 2,4% à 1,7%, une révision à la baisse qui a immédiatement pesé sur son attractivité relative. Les données publiées par la Caisse des dépôts le 23 décembre 2025 attestent de cette désaffection : le livret réglementé a subi trois décollectes successives en septembre, octobre et novembre 2025. Sur les onze premiers mois de l’année, le solde cumulé de la collecte nette du Livret A s’est inscrit en territoire négatif à hauteur de 3,58 milliards d’euros.
Ce mouvement de retrait devrait se poursuivre à mesure que la rémunération du produit s’érode davantage. Le ministère de l’Économie a annoncé le 15 janvier 2026 que le taux du Livret A sera de nouveau abaissé au 1er février prochain, pour s’établir à 1,5%. Ce nouveau plancher, qui représente la rémunération la plus basse servie depuis plusieurs années sur ce produit, réduit encore l’attrait d’un placement dont la liquidité immédiate constituait jusqu’à récemment l’argument différenciateur le plus solide face à des enveloppes moins liquides comme l’assurance vie.
La trajectoire baissière du taux du Livret A s’inscrit dans un contexte de reflux global des rendements de taux en zone euro, lui-même lié aux baisses successives de taux directeurs engagées par la Banque centrale européenne depuis la mi-2024. Cette normalisation monétaire a pour effet de comprimer mécaniquement les rémunérations des placements sans risque, incitant une fraction croissante des épargnants à arbitrer vers des supports offrant des perspectives de rendement supérieures, au prix d’une volatilité plus élevée.
93 milliards d’euros de PEL en quête de réaffectation d’ici 2030
Au-delà des dynamiques de marché qui soutiennent actuellement les flux vers l’assurance vie, le secteur est à la veille d’un événement structurel susceptible d’amplifier considérablement ces volumes : la clôture automatique de millions de plans d’épargne logement (PEL).
Le cadre réglementaire issu de la loi de finances rectificative de 2010 impose la fermeture d’office des PEL ouverts à compter du 1er mars 2011 à l’expiration d’un délai de quinze ans. Ce mécanisme de clôture automatique va ainsi concerner une masse considérable d’encours sur une fenêtre temporelle s’étendant de mars 2026 à mars 2030. Selon une étude publiée en juillet par la Banque de France, près de 3,2 millions de plans sont concernés, ce qui représente plus d’un tiers du parc total de PEL souscrits en France.
L’encours total qui sera libéré sur cette période dépasse les 93 milliards d’euros. Ces capitaux, dont les détenteurs devront impérativement identifier une nouvelle destination d’investissement, représentent un gisement potentiel exceptionnel pour l’ensemble des acteurs de l’épargne longue en France. Les professionnels du secteur de l’assurance vie anticipent qu’une proportion significative de ces encours sera réorientée vers leurs contrats, dont la polyvalence — accessibilité à la gestion libre ou pilotée, diversité des supports, enveloppe fiscale avantageuse au-delà de huit ans de détention — constitue un argument de poids face aux épargnants en quête de réallocation.
Un marché en position de force structurelle
L’assurance vie concentre aujourd’hui 40% de l’épargne financière des ménages français, ce qui en fait de loin le premier vecteur de placement à long terme du pays. Cette position dominante repose sur plusieurs piliers : la flexibilité des rachats partiels disponibles à tout moment, le cadre successoral favorable permettant de transmettre des capitaux hors succession dans certaines limites, et la capacité à combiner des supports de nature très différente au sein d’un même contrat.
Les données de novembre 2025 s’inscrivent dans une séquence favorable qui a caractérisé l’ensemble de l’exercice. Les professionnels du secteur soulignent que la conjonction d’un environnement boursier porteur, d’un affaiblissement durable du principal produit concurrent sur le segment de l’épargne de court et moyen terme, et d’un afflux prévisible de capitaux issus de PEL arrivés à échéance forme un ensemble de facteurs favorables rarement aussi alignés.
La capacité du marché à absorber ces nouvelles entrées dépendra en partie de la stabilité des marchés financiers, qui conditionne l’attractivité perçue des unités de compte, et de la qualité des rendements servis sur les fonds en euros, dont les assureurs gèrent les contraintes de solvabilité avec une attention accrue dans le contexte réglementaire Solvabilité II. Les résultats complets de l’exercice 2025 seront disponibles dans les prochaines semaines et permettront de mesurer l’ampleur totale d’une année qui s’annonce d’ores et déjà comme une référence pour le secteur.
