Dossiers

Assurance-vie, pourquoi les Français misent sur le Luxembourg

Les primes versées par la clientèle française dans des contrats d’assurance-vie luxembourgeois ont atteint 16,4 milliards d’euros en 2025, en hausse de 20,3 % sur un an, selon l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances du Grand-Duché. Cette progression fait suite à un bond de 58,1 % en 2024, année marquée par la dissolution de l’Assemblée nationale. La France représente à elle seule 54,6 % des primes internationales du secteur, qui a encaissé 31,1 milliards d’euros au total l’an dernier, en progression de 16 %. Les autres marchés restent loin derrière : l’Italie a reculé de 28,8 % à 3 milliards d’euros, la Belgique atteint 2,3 milliards et l’Allemagne 2,2 milliards.

Des seuils d’entrée abaissés

Longtemps réservée aux patrimoines supérieurs au million d’euros, l’enveloppe luxembourgeoise s’ouvre à une clientèle plus large. Plusieurs distributeurs en ligne, dont Yomoni, Meilleurtaux Placement et Boursorama, proposent désormais une souscription entièrement dématérialisée à partir de 50 000 à 100 000 euros. Yomoni commercialise ainsi avec La Mondiale Europartner un contrat investi en fonds indiciels cotés accessible dès 50 000 euros, avec des frais globaux inférieurs à 1 %. Meilleurtaux Placement a lancé son offre en 2024 en réponse à la demande de dirigeants de PME, de professions libérales et de commerçants, dont le profil diffère de la clientèle historique des assureurs luxembourgeois. Ces offres standardisées ne reproduisent pas l’architecture patrimoniale des contrats haut de gamme. Selon plusieurs professionnels du secteur, l’intérêt d’un contrat luxembourgeois reste limité en dessous de 250 000 euros, compte tenu d’une couche de frais supplémentaire par rapport à un contrat de droit français et de démarches administratives plus lourdes. Le montant moyen des nouveaux contrats reste d’ailleurs très élevé chez les acteurs traditionnels : Baloise Vie Luxembourg fait état d’une prime moyenne proche du million d’euros sur sa clientèle française.

Le triangle de sécurité et ses limites

L’argument principal des assureurs luxembourgeois tient au dispositif de protection des souscripteurs. Le mécanisme dit du « triangle de sécurité » impose le dépôt des actifs représentatifs des engagements de l’assureur auprès d’une banque dépositaire agréée, distincte de la compagnie, sous le contrôle du Commissariat aux assurances. Il est complété par un super-privilège qui place les souscripteurs au premier rang des créanciers en cas de défaillance de l’assureur, avant l’État et les salariés. Ce dispositif protège contre l’insolvabilité de la compagnie, pas contre la baisse de valeur des supports. Les souscripteurs de l’assureur FWU, dont les difficultés ont éclaté en 2025, en ont fait l’expérience, certains portefeuilles ayant perdu une part importante de leur valeur. En France, le Fonds de garantie des assurances de personnes couvre les capitaux d’assurance-vie jusqu’à 70 000 euros par assuré et par compagnie en cas de faillite de l’assureur, une protection sans équivalent au Luxembourg mais dont la capacité serait limitée en cas de défaillance de grande ampleur.

La loi Sapin II, un argument à nuancer

Une partie des flux s’explique par la crainte de l’article L.631-2-1 du code monétaire et financier, issu de la loi Sapin II. Il permet au Haut Conseil de stabilité financière, en cas de menace grave pour la stabilité du système financier, de suspendre ou de limiter temporairement les rachats et les arbitrages sur les contrats d’assurance-vie français, pour une durée de trois mois renouvelable. Ce pouvoir n’a jamais été utilisé. La protection luxembourgeoise ne s’étend pas automatiquement aux fonds en euros. Lorsque le fonds en euros proposé dans un contrat luxembourgeois est réassuré par un assureur français, les dispositions de la loi Sapin II s’appliquent également. Selon les professionnels interrogés par la presse spécialisée, un seul fonds en euros, proposé par Cardif, échapperait actuellement à ce dispositif. Les contrats investis en unités de compte ne sont pas concernés par cette question de la même manière.

Un univers d’investissement conditionné par le patrimoine

L’accès aux supports dépend de la catégorie du souscripteur, fixée selon le montant investi et le patrimoine financier déclaré. Le fonds interne dédié, qui permet une gestion individualisée sur un univers élargi, est généralement accessible à partir de 120 000 à 125 000 euros, parfois 250 000 euros selon les offres. Meilleurtaux Placement affiche par exemple des frais globaux de 1,41 % sur son mandat en fonds interne dédié accessible dès 250 000 euros. Le fonds d’assurance spécialisé, qui ouvre l’accès au capital-investissement et à la dette privée, reste réservé aux patrimoines les plus importants. La circulaire 26/1 du Commissariat aux assurances, entrée en vigueur le 1er février 2026, a redéfini les règles d’investissement et renforcé les exigences d’information. Tout investissement dans des produits complexes, des fonds alternatifs ou immobiliers doit être accompagné d’une information spécifique sur les risques et, dans certains cas, d’un accord explicite et documenté du souscripteur. Le texte a aussi facilité l’intégration de certains produits destinés à la clientèle de détail, comme les produits structurés, dans la gestion libre des contrats.

Une fiscalité alignée sur la résidence

Le contrat luxembourgeois ne procure aucun avantage fiscal à un résident français. Le Luxembourg n’applique pas de prélèvement sur les contrats souscrits par des non-résidents, et la fiscalité est celle du pays de résidence du souscripteur. Un résident de France reste soumis aux règles françaises sur les rachats comme sur la transmission, y compris l’abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans. Le contrat doit être déclaré chaque année à l’administration fiscale au titre des contrats souscrits à l’étranger, sous peine d’amende. L’échange automatique d’informations entre administrations fiscales européennes a mis fin à toute forme de confidentialité. L’intérêt fiscal se manifeste en cas de mobilité internationale. Le contrat suit son titulaire et s’adapte à la fiscalité de son nouveau pays de résidence, là où un contrat français peut soulever des difficultés de traitement à l’étranger. Cette portabilité constitue, avec la protection des actifs, l’un des deux arguments structurants de l’offre luxembourgeoise. La dynamique s’inscrit dans un marché français de l’assurance-vie lui-même en forte croissance. Selon France Assureurs, la collecte nette a atteint 50,6 milliards d’euros en 2025, un niveau inédit depuis quinze ans, et 36,5 milliards d’euros au premier semestre 2026, son plus haut pour un premier semestre depuis 2006.

Offres à comparer

Le Comparateur Assurance

4,5
  • Comparaison multicritères
  • + 120 assureurs
  • + 10 millions d'internautes accompagnés
Votre assurance auto à partir de 110,10 € /an ! Voir l’offre

Mutuelle.fr

4,0
  • +200 offres de mutuelles santé
  • Devis gratuit en 2 minutes
Votre mutuelle à partir de 6.57 € ! Voir l’offre

L’olivier Assurance

3,5
  • Souscription rapide et attestation immédiate
  • Jusqu'à 300 euros de frais de serrurier pris en charge
  • Tarif en 5 minutes
3 mois d'assurance habitation remboursés ! Voir l’offre

Leocare

3,5
  • App 100 % mobile et flexible
  • Garanties modifiables à tout moment
  • Devis en 1 minute
Assurance auto dès 14.90 € /mois ! Voir l’offre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Newsletter

Comparez, économisez, restez informé

Notre classement des meilleures offres et l’essentiel de l’actualité assurance, dans votre boîte mail chaque semaine.