Un senior qui change de complémentaire santé réalise une économie médiane de 155 euros par an, selon un baromètre publié en septembre par le Groupe Hueber Assurances, courtier basé à Tarbes. L’étude repose sur les données internes du cabinet : 26 953 demandes de devis et 1 947 contrats souscrits entre le 22 juillet et le 14 août 2026 sur le segment santé senior, le calcul de l’économie médiane portant sur 1 326 contrats. Entre 70 et 76 % des personnes ayant sollicité un devis n’ont pas donné suite, indépendamment du budget qu’elles déclaraient consacrer à leur mutuelle.
Une cotisation qui progresse fortement avec l’âge
Les tarifs relevés par le courtier passent de 81,26 euros par mois en moyenne pour les 55-59 ans à 141,16 euros pour les 85 ans et plus, soit un écart de 73,8 %. Sur une année, la dépense passe ainsi d’environ 975 euros à près de 1 694 euros. Ces montants sont proches de la référence publiée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, qui situe la cotisation moyenne à 146 euros par mois à 85 ans, selon le baromètre. Cet écart mesure la différence de prix entre deux classes d’âge à une date donnée, et non l’évolution d’une cotisation sur trente ans. La tarification des contrats individuels intègre l’âge de l’assuré, reflet de la hausse de la consommation de soins, ce qui place les retraités parmi les assurés les plus exposés. La France comptait 14,9 millions de personnes de 65 ans ou plus en 2024, soit 21,8 % de la population selon l’Insee. À cet effet d’âge s’ajoute l’inflation générale des tarifs. L’enquête annuelle de la Mutualité française faisait état pour 2026 d’une hausse moyenne de 4,3 % sur les contrats individuels, après 6 % en 2025 et 8,1 % en 2024. Le gel des cotisations prévu par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 fait l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité transmise le 24 juillet au Conseil constitutionnel, sur recours de France Assureurs et de la Mutualité française.
L’âge, premier déterminant du changement
Selon le baromètre, les demandes de changement culminent autour de 69 ans, puis le taux de refus progresse nettement après 75 à 80 ans, quel que soit le niveau de cotisation. Les assurés déjà bien couverts se montrent également plus attachés à leur contrat, même lorsqu’une offre moins chère existe. Le courtier observe par ailleurs que 77 % des souscriptions sont conclues le jour même du premier contact, ce qui situe le principal frein au stade de l’initiative plutôt qu’à celui de la décision. Les données font apparaître des écarts régionaux, avec un taux de changement de 10,75 % en Nouvelle-Aquitaine contre 4,88 % en Corse parmi les demandes traitées. Ces taux sont calculés sur la clientèle du cabinet et reflètent en partie son implantation commerciale.
Les limites méthodologiques de l’étude
L’échantillon se compose exclusivement de personnes ayant elles-mêmes sollicité un courtier, sur une période de trois semaines et demie. Il ne permet pas d’extrapoler l’économie constatée à l’ensemble des seniors, ni d’en déduire la proportion d’assurés susceptibles de payer moins cher. Le montant de 155 euros correspond à une médiane observée chez les souscripteurs, à garanties qui peuvent différer de celles du contrat résilié. L’étude émane d’un intermédiaire rémunéré sur les contrats qu’il place, sur un marché du courtage évalué à 8,8 milliards d’euros par le panorama Planète CSCA et EY.
Les dispositifs à la disposition des retraités
Depuis le 1er décembre 2020, un contrat individuel de complémentaire santé peut être résilié à tout moment après un an d’adhésion, sans frais ni pénalité, le nouvel organisme pouvant se charger des formalités. La continuité des garanties entre les deux contrats, les délais de carence éventuels et les plafonds de remboursement en optique, dentaire et audiologie conditionnent l’intérêt réel d’un changement. Un salarié partant à la retraite peut conserver, en application de l’article 4 de la loi Évin, la couverture collective de son ancienne entreprise à titre individuel. Depuis 2017, le tarif est plafonné au niveau de celui des actifs la première année, à 125 % de ce niveau la deuxième et à 150 % la troisième, le tarif devenant libre ensuite. Cette échéance de la quatrième année constitue souvent le moment où la question du changement se pose. Les retraités aux revenus modestes peuvent bénéficier de la complémentaire santé solidaire. Sans participation financière sous un premier plafond de ressources, elle est accessible au-delà moyennant une contribution mensuelle fixée selon l’âge, qui atteint 30 euros à partir de 70 ans, avec une prise en charge intégrale du ticket modérateur et des équipements du panier 100 % Santé. Le reste à charge des assurés dépend aussi du régime obligatoire. Les franchises médicales et participations forfaitaires sont aujourd’hui plafonnées à 50 euros par an chacune. Le gouvernement a annoncé fin juillet leur doublement dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, mesure chiffrée à 750 millions d’euros. Ces sommes ne sont pas remboursées par les contrats responsables, qui représentent la quasi-totalité du marché.