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Assurance vie, ce que la dette française change pour vous

Le rendement moyen des fonds euros des contrats d’assurance vie pourrait approcher 2,9 % au titre de 2026, contre 2,63 % en 2025 pour les contrats individuels selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Cette projection, qui circule dans les estimations du cabinet Good Value for Money et de plusieurs actuaires, repose sur la remontée des taux obligataires et sur le niveau de collecte des assureurs. Les taux effectivement servis au titre de 2026 ne seront annoncés qu’à partir de janvier 2027.

Des taux souverains au plus haut depuis 2008

Le rendement de l’obligation assimilable du Trésor à dix ans s’est tendu tout au long du mois de septembre. De 4,19 % début septembre, il a franchi 4,5 % à la mi-septembre, puis atteint 4,55 % le 18 septembre selon Reuters, un niveau inédit depuis 2008. Le même jour, l’écart de rendement avec le Bund allemand a dépassé 100 points de base pour la première fois depuis 2012, sous l’effet des incertitudes budgétaires françaises à l’approche de la présentation du projet de loi de finances pour 2027. Le 25 septembre, l’OAT à dix ans s’établissait à 4,63 %, selon les données de la Banque de France. Cette tension renchérit le coût de financement de l’État et pèse sur les taux des crédits immobiliers. Pour les fonds euros, elle joue en sens inverse : les sommes nouvellement investies par les assureurs le sont à des rendements plus élevés.

L’effet d’inertie des portefeuilles

La transmission reste progressive. Un fonds euros est adossé à un portefeuille majoritairement obligataire constitué sur de longues années. Seule la fraction renouvelée chaque année, par l’arrivée à échéance d’anciens titres et par l’investissement de la collecte nouvelle, bénéficie des taux du moment. Le taux de rendement de l’actif est ainsi passé de 2,5 % à 2,8 % en 2025, selon l’ACPR, à mesure que les obligations acquises avant 2021 à des rendements très faibles étaient remplacées. La dynamique de collecte accélère ce renouvellement. Selon l’actuaire Gildas Robert, cité par MoneyVox, la forte collecte de 2025, prolongée en 2026, a permis aux assureurs d’investir dans un contexte de taux orientés à la hausse. France Assureurs fait état d’une collecte nette de 41,3 milliards d’euros sur les sept premiers mois de 2026, un niveau inédit depuis vingt ans, et d’un encours total de 2 174 milliards d’euros à fin juillet, en progression de 6,3 % sur un an. La répartition de ces flux nuance toutefois leur effet sur les fonds euros. Les unités de compte ont concentré 31,3 milliards d’euros de la collecte nette depuis janvier, soit environ 75 %, contre 10 milliards d’euros pour les supports en euros. En juillet, la collecte nette s’est établie à 4,7 milliards d’euros, dont 0,9 milliard sur les fonds euros.

Des réserves en voie de reconstitution

Le second levier des assureurs est la provision pour participation aux bénéfices, réserve constituée lors des années favorables pour lisser les rendements dans le temps. Mobilisée depuis 2022 pour maintenir des taux attractifs, elle représentait 4,0 % des provisions d’assurance vie fin 2025, contre 4,3 % un an plus tôt et 5,4 % en 2021. Une hausse du rendement des actifs peut permettre aux compagnies de la reconstituer plutôt que de redistribuer immédiatement l’intégralité du gain, ce qui tempère la progression des taux servis. La hausse des taux a aussi un revers. Elle déprécie la valeur de marché des obligations anciennes détenues en portefeuille, qui affichent des moins-values latentes tant qu’elles ne sont pas conservées jusqu’à leur échéance. Ce déséquilibre expose les assureurs à un risque de rachats si l’écart entre les rendements servis et ceux des placements concurrents devenait trop important.

Une projection à nuancer

Les estimations de marché divergent. Good Value for Money retient un rendement moyen de 2,9 % pour 2026 et de 3,2 % pour 2027 dans un scénario d’OAT comprise entre 3,8 % et 4,2 %. D’autres projections placent le scénario central entre 2,5 % et 2,8 %, compte tenu de l’inertie des portefeuilles et de l’arbitrage des assureurs en faveur de leurs réserves. La moyenne recouvre par ailleurs des écarts importants. L’ACPR relève que le taux moyen intègre les bonifications accordées sous condition, notamment d’investissement en unités de compte, un assuré qui n’en bénéficie pas percevant un taux inférieur. Les rendements publiés sont nets de frais de gestion mais bruts de prélèvements sociaux. Un taux de 2,9 % correspond à environ 2,40 % après application des prélèvements sociaux de 17,2 %.

L’écart avec l’épargne réglementée

Le Livret A a été rémunéré à 1,70 % en janvier, 1,50 % de février à juillet, puis de nouveau à 1,70 % depuis le 1er août, soit un taux moyen d’environ 1,60 % sur l’année 2026, net d’impôt et de prélèvements sociaux. Il a enregistré une collecte limitée à 80 millions d’euros en juillet malgré le relèvement de son taux. La prochaine révision interviendra au 1er février 2027, en même temps que la publication des premiers taux de fonds euros au titre de 2026.

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